Ces derniers jours, les réseaux sociaux béninois ont été envahis par des articles et textes faisant état de l’arrestation d’un enseignant du département d’Espagnol de l’Université d’Abomey-Calavi. Il serait accusé de harcèlement sexuel. Harcèlement sexuel en milieu universitaire, êtes-vous étonnés ? Non, ne le soyez pas. C’est bel et bien une réalité dans nos Universités du Bénin.

Au-delà des Universités, il est présent dans les écoles, les administrations, les centres de formations et même dans les maisons. On le reconnait à travers les punitions injustifiées, les interrogations orales ciblées, les mauvaises notes non méritées, les dénigrements publics, les attouchements non désirés, les propositions de sortie déplacées, les injures, les rejets injustifiés de dossiers, les menaces de licenciement, les sanctions injustifiées, les messages répétés à connotations sexuelles.… La plupart des victimes reste muette.

Quand on prend le cas spécifique des Universités, les filles sont devenues des proies pour certains enseignants sans scrupules. Ils n’hésitent pas à faire reprendre une classe aux filles qu’ils ont dans leur viseur, ou à bloquer leur soutenance de mémoire, les empêchant ainsi de finaliser le processus d’obtention de leur diplôme. Terrorisées, certaines filles finissent par céder. Par contre certaines choisissent d’abandonner les études universitaires plutôt que de se livrer à ces enseignants.

Selon la LOI N° 2006-19 du 05 Septembre 2006 portant répression du harcèlement sexuel et protection des victimes en République du Bénin , le harcèlement sexuel est définit comme « le fait pour quelqu’un de donner des ordres, d’user de paroles, de gestes, d’écrits, de messages et ce, de façon répétée, de proférer des menaces, d’imposer des contraintes, d’exercer des pressions ou d’utiliser tout autre moyen aux fins d’obtenir d’une personne en situation de vulnérabilité ou de subordination des faveurs de quelque nature que ce soit y compris sexuelle à son profit ou au profit d’un tiers contre la volonté de la personne harcelée » (art. 1). Elle précise en son article 3 que « la situation de vulnérabilité de la victime peut résulter de son âge, de son statut social et économique ainsi que de son état physique ou mental ou de toute autre situation connexe laissée à l’appréciation du juge ».

Les filles dans nos universités sont en situation de vulnérabilité dont abusent plusieurs enseignants. S’il n’est pas interdit que des relations amoureuses consensuelles entre adultes puissent naître entre enseignants et étudiants, il est préjudiciable que les enseignants utilisent leur pouvoir pour obliger les étudiantes à des relations sexuelles non consentantes. Ceci surtout lorsque les étudiantes sont directement dans les classes que enseignent ces professeurs. Si le statut de l’enseignant, le prestige que procure le métier, le traitement salarial qui vient avec, et l’intellectualisme que cela requiert ne sont pas suffisants pour qu’un enseignant reçoive de réponses favorables à ses avances amoureuses cordiales, alors point n’est besoin de brimer les étudiantes.

Les conséquences négatives du harcèlement sexuel sur les filles et femmes sont énormes. Elles peuvent être d’ordre psychologique (perte de confiance, timidité, replis sur soi, agressivité, antipathie pour les hommes…), médicale (perte d’appétit, dépression nerveuse, frigidité…) éducationnel (arrêt définitif de la formation scolaire ou  professionnel), voire social (débauche, adultère, divorce, chômage, mariage forcé…).

Une fille harcelée peut dénoncer son harceleur et ses complices aux associations de défenses des droits des filles, aux autorités judiciaires, aux forces de l’ordre, aux organisations syndicales, aux Centres de Promotions Sociales (CPS) de sa localité… Ces derniers peuvent faire l’objet de sanctions disciplinaires et/ou judiciaires.

La loi a prévu des sanctions claires et bien définies pour le harceleur et ses complices. Malheureusement, très peu de victimes de harcèlement franchissent l’étape de la dénonciation. La plupart du temps, cette situation s’explique par la peur des représailles, la peur du « qu’en dira-t-on ?», la peur d’être étiqueté par la société, la peur de perdre la bataille juridique contre le harceleur.

Les victimes doivent dénoncer ; en dénonçant leur bourreaux, elles refusent d’être faibles, en dénonçant, elles protègent d’autres filles qui auraient pu subir la même situation, en dénonçant, elles lancent un message fort de mise en garde. C’est ici que les responsables universitaires doivent jouer leur rôle en favorisant la dénonciation, en instituant des « ombudsman » qui connaîtront de ces cas. Seulement, les loups ont tendance à ne pas se manger entre eux. De fait, les associations nationales et internationales de protection de la femme doivent se sentir interpellées pour trouver la formule de protection des victimes, pour favoriser la dénonciation et la réparation pour une jeunesse féminine épanouie. Brisons le silence ! Dénonçons ces personnes qui veulent nous empêcher de réaliser nos rêves d’une façon ou d’une autre !

Debbo Umma blog s’engage dans la lutte contre le harcèlement sexuel.

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